Entretien avec Stéphane Olivié Bisson

"Je suis amoureux de Camus"
lundi 15 novembre 2010
par  admin2

Les élèves de première S1 du lycée Guy de Maupassant ont assisté à la première de Caligula, d’Albert Camus, création de Stéphane Olivié Bisson à l’Avant- Seine théâtre de Colombes le jeudi 4 novembre 2010 à 20h30. C’est la version de 1941 que le metteur en scène nous offre. Les élèves ont lu la version de 1958. Stéphane Olivié Bisson nous a surpris avec une mise en scène placée sous le signe de l’enfance. Caligula est un enfant, cela nous surprend et nous laisse muets pendant 2h45 de pur bonheur.

Le vendredi 12 décembre 2010, Stéphane Olivié Bisson et Marie-Claude Noiran (médiatrice culturelle) viennent à la rencontre des lycéens.

Sidney.- Caligula, c’est une commande ou un choix de votre part ?

S-O-B.- Depuis que je suis petit, j’aime cette pièce. Et, un jour, j’en ai vu une représentation à Londres. L’Angleterre est un pays qui développe une vraie culture de l’acteur, je veux dire pas la culture du « one man show ». J’y ai vu un Caligula de chair et d’os.

Roselane.- « De chair et dos » ? Par opposition à la philosophie ?

S-O-B.- Souvent on lit les pièces de Camus, comme des pièces à thèse, des pièces philosophiques et on oublie les personnages et leur humanité.

Tasnime.- Proposer un Caligula « enfant » alors qu’à la lecture de la pièce on voit plutôt un monstre, n’est-ce pas un peu osé ?

S-O-B.- On a l’habitude de le représenter comme un tyran, c’est vrai. On privilégie ainsi la fonction politique de la pièce. J’ai lu les commentaires de Camus sur la création de l’œuvre et j’ai retenu que Caligula prend le pouvoir alors qu’il n’avait rien demandé, que pour lui, le monde est un immense mensonge ; j’ai retenu que Caligula, projeté sur le devant de la scène politique, a été privé de son enfance. A 25 ans, il a donc dû se réinventer une enfance. Les éléments du décor traduisent cette idée : la table du banquet est minuscule comme si on jouait à la dînette, les éléments mobiles sont immenses car ils sont perçus par l’enfant de petite taille. Et puis enfin, même si c’est un tyran, ce qui a guidé mes pas de metteur en scène c’est une phrase de Camus : « Il y a toujours plus à admirer qu’à mépriser dans l’homme.  »

Roselane.- Le sol que vous avez choisi est original, de la poussière noire, très bruyante…

S-O-B.- Ce sont des cendres, des cendres d’astres. C’est aussi du sable noir. C’est un souvenir pour moi, le Stromboli. Ce sol est bruyant : le bruit crissant accompagne la violence des mots.

Mehdi.- Je n’ai pas assisté à la représentation mais je suis curieux de savoir comment vous avez représenté cette phrase de Caligula : « J’ai envie d’impossible. »

S-O-B.- Il ne faut surtout pas l’illustrer, tout le monde comprend cela car tout le monde a « envie d’impossible  ». Cela dit, j’avais prévu de faire descendre des cintres, une fausse lune mais toutes les perches étaient occupées par les projecteurs.

Roselane.- Nous avons lu la version de 1958 de laquelle Drusilla est absente puisqu’elle meurt avant le début de la pièce. Vous avez choisi de représenter Drusilla, elle apparaît comme un leitmotiv … Et parfois, on a l’impression qu’elle est dans la tête de son frère.

S-O-B.- Je voulais absolument qu’elle existe dans ma mise en scène mais je ne voulais pas que ce soit un gadget. C’est un personnage magnifique et je veux qu’elle parle car plus elle parle, plus elle est en paix avec elle-même. J’ai inséré, pour la faire parler, d’autres textes de Camus.

Mehdi .- Existe t-il un rapport entre Drusilla et l’obsession de Caligula pour la mort ?

S-O-B.- La mort pour lui représente la perfection car il ne supporte pas le mensonge. S’il tue Caesonia c’est pour parfaire sa solitude. Camus pense que le Christ est la première victime de l’absurde car il arrive sur la croix en réalisant que c’est pour rien.

Roselane.- Alors qui est Caligula ? Un juste ? Un homme dépressif ? Vous ne donnez pas vraiment de réponse.

S-O-B.- Vous me faites le plus beau des compliments. L’humain est indécidable, et c’est ce que j’ai voulu montrer. Camus le pense et moi, je suis amoureux de Camus. Caligula dit aux patriciens : « Vous des juges ? Mais qui êtes-vous pour juger ? » J’ai voulu retracer le parcours d’une enfance égarée. Caligula, ce n’est pas juste un dingue assoiffé de sang. Les pseudo-historiens de l’époque, notamment Suétone dans La vie des Césars, présentent tous les césars avec les mêmes défauts, mais c’était juste pour flatter les rois chrétiens. Caligula avait beaucoup d’humour et sa logique absurde poussée à l’extrême s’évertuait à dénoncer les mensonges.

D’autres paroles sont échangées sur le métier de metteur en scène, sur le choix de Bruno Putzulu pour incarner Caligula…

Après sa création à Colombes, Le Caligula de Stéphane Olivié Bisson entame sa tournée parisienne par des représentations à l’Athénée à partir du 20 janvier 2011.


Asma Amiar, professeure de lettres, première S1.

(Les 4 photos du spectacle sont de Letizia Piantoni).


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